Peut-on parler d’un chantier pharaonique alors qu’il s’agit de l’érection non pas d’une pyramide, mais d’un imposant cube de 42 mètres sur 42? Sans aucun doute, vu la monumentalité des travaux. A Lausanne, à l’extrémité nord-ouest de la gare, le site de Plateforme 10, qui accueille déjà le Musée cantonal des beaux-arts (MCBA), poursuit sa métamorphose qui le voit passer d’anciens entrepôts CFF à un imposant quartier des arts digne des plus grandes métropoles. En juin 2022, ce cube actuellement en construction abritera le Musée de l’Elysée et le Musée de design et d’arts appliqués contemporains (Mudac).

©Dom Smaz pour Le Temps

C’est dans le prolongement du majestueux édifice rectangulaire occupé par le MCBA que s’affairent des centaines d’ouvriers afin de donner corps au projet conçu par le bureau portugais Aires Mateus e Associados. Si les frères Manuel et Francisco Aires Mateus ont remporté le concours d’architecture lancé en janvier 2015, c’est grâce à une idée toute simple, qu’ils ont été les seuls à développer, comme le souligne l’architecte cantonal Emmanuel Ventura: tandis que tous les autres projets séparaient l’Elysée du Mudac, ils ont choisi de réunir les deux musées dans un seul bâtiment – en partie enterré et ayant la particularité, au niveau zéro, d’être ouvert sur ses quatre côtés par une faille oblique, comme si le cube était une boîte que l’on pouvait ouvrir en soulevant son couvercle. En béton blanc, les murs auront une touche méditerranéenne. Le jour, la faille sera sombre, tandis qu’elle sera illuminée nuitamment. Tatyana Franck, directrice du Musée de l’Elysée, y voit un jeu sur le positif-négatif propre au médium photographique.

Des airs de cathédrale

Inauguré il y a quarante ans, consacré dans un premier temps au Cabinet des estampes aujourd’hui sis au Musée Jenisch à Vevey, le Musée de l’Elysée est depuis 1985 une institution entièrement vouée à la photographie. Il doit son nom à la villa de maître du XVIIIe siècle qu’il occupe à l’avenue de l’Elysée, qu’il s’apprête à quitter progressivement. Le moment est donc venu pour les Lausannois de visiter une dernière fois la vénérable demeure, dont les espaces d’exposition ferment définitivement ce dimanche 27 septembre.

Construction du futur Musée de l’Elysée, Plateforme 10, Lausanne, Suisse, le 18 septembre 2020.

Lorsqu’il sera inauguré à moins de 2 kilomètres de là, l’Elysée pourra jouer avec une surface d’exposition doublée, pour une superficie totale d’environ 1500 m². Tandis que le Mudac occupera le premier étage, dont le coffrage et le bétonnage sont en cours de finition, il sera situé au premier sous-sol. Lequel ne sera pas totalement enterré puisqu’il bénéficiera d’un patio privatisable permettant au musée d’organiser des événements. Emmanuel Ventura a une bonne formule en faisant visiter les lieux: les volumes donnent l’impression de pénétrer dans une cathédrale.
Une percée dans la ville

©Dom Smaz pour Le Temps

Pour l’heure, le sol est jonché d’immenses pièces métalliques destinées à la ventilation et en attente d’être installées au plafond, 9 mètres plus haut. En arpentant ce vaste plateau, on sent bien que l’Elysée aura enfin un lieu lui permettant de montrer la photographie dans toute sa diversité, de mettre en valeur des grands formats tout en proposant des installations audacieuses, puisque le huitième art ne se résume plus à des images encadrées et accrochées sur les cimaises. En dessous, un étage de taille semblable sera dévolu aux collections, qui pour l’heure sont éparpillées sur trois sites. Plusieurs climats seront mis en place, en fonction de la fragilité des supports et de leur typologie, le noir et blanc n’étant par exemple pas conservé de la même manière que la couleur.

Une percée dans la ville

Sur ses côtés nord et ouest, séparés par un léger espace permettant un apport de lumière naturelle, le cube sera entouré par un bâtiment administratif à la toiture végétalisée, et accessible au public puisque à terme, à travers une promenade aménagée par les jardins botaniques de la ville de Lausanne, le site mènera de la place de la Gare au haut de l’avenue Ruchonnet. D’où cette appellation très à propos de «nouveau quartier», qui sera un peu plus réelle encore lorsqu’en novembre 2021 l’Elysée et le Mudac recevront officiellement les clés du bâtiment.

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