Une institution culturelle qui déménage, c’est aussi des employés qui changent de lieux de travail. Totalement repensés, les nouveaux bureaux du Musée de l’Elysée feront la part belle à la mobilité et aux espaces de travail collectif.

Étriqués, inadaptés et divisés. C’est à peu de chose près comme pourraient se définir les actuels bureaux du Musée de l’Élysée. Situés sur l’avenue lausannoise éponyme, au numéro 4 et 18, les lieux de travail des 45 collaborateurs faisant vivre l’institution vont donc eux-aussi déménager. Si le musée fait un saut dans le présent, quittant sa maison de maître de la fin du XVIIIe siècle pour un bâtiment aux courbes ultra modernes, c’est également l’occasion de rajeunir les bureaux de fond en comble, en réinventant les espaces de travail et la façon de les utiliser.

Principaux problèmes de l’agencement actuel? Des équipes séparées, et trop peu de lieux communs pour se réunir, regrette Sinje Kappes, administratrice du Musée de l’Elysée: «Il est impossible d’avoir une synergie efficace entre nos deux adresses. Tout est éclaté sur différents lieux, le pôle scientifique est divisé… A Plateforme 10, tout sera en commun et au même endroit, de l’administration au département des collections, en passant par le pôle public et la direction.»

Des espaces communs

Mot d’ordre: mutualisation des espaces de travail. Fini les bureaux individuels, avec chacun sa place, sa tasse à café et son cadre photo: «A Plateforme 10, nous allons fonctionner en open space. Aujourd’hui, nous avons encore tous notre place de travail dédiée dans des bureaux de deux à neuf personnes. On se rend compte que ce n’est pas nécessaire et qu’on a tout à gagner à changer d’état d’esprit», illustre Sinje Kappes. Une petite révolution donc, qui se légitime par la volonté de maximiser l’utilisation de chaque lieu de travail. A quoi bon réserver un coin de table à une seule personne travaillant à mi-temps, alors qu’en permettant au personnel de se brancher à n’importe quelle place de libre, on rentabilise les espaces restants traditionnellement vacants.

Derrière l’apparente simplicité de ce nouveau processus se dissimule cependant un changement de façon de travailler profondément ancré chez la plupart des collaborateurs du musée. Certains sont enthousiastes, d’autres font preuves de certaines réticences: «45 personnes sur un même espace de travail, c’est sûr que c’est assez effrayant. Certaines personnes craignent que cela devienne trop bruyant. Mais le but est justement d’encourager la mobilité, de pouvoir travailler ailleurs, dans le patio, le hall, sur l’esplanade… On ne va jamais se retrouver tous dans l’open space, et ce n’est d’ailleurs pas l’objectif», rassure Sinje Kappes.

Mettre l’accent sur la santé et l’écologie

Également au centre de ce projet très 2.0: la santé des collaborateurs. La mobilité permet certes d’optimiser au maximum les espaces de travail, mais elle offre également un cadre moins strict aux employés: «Avec des bureaux mobiles, il sera possible de travailler assis, debout, de marcher, de brainstormer dans les espaces canapés… On repense totalement nos bureaux afin d’offrir beaucoup plus de flexibilité aux 45 personnes travaillant à l’Elysée.» Sans poste véritablement attribué, fini aussi les ordinateurs et les téléphones fixes. Le Covid-19 et l’arrivée impromptue du télétravail a pointé du doigt les faiblesses de l’autonomie informatique du musée. Un problème auquel Sinje Kappes compte remédier lors du déménagement: «Le coronavirus nous a démontré que nous n’étions pas à jour informatiquement parlant. Nous avons lancé un appel d’offre afin d’autonomiser cet aspect-là à Plateforme 10. Il faut également noter que plus d’ordinateurs et de téléphones portables il y aura, plus il sera possible de travailler n’importe où dans nos locaux. Cela va également contribuer à l’allégement de la fréquentation de l’open space.»

Les bureaux du Musée de l’Elysée seront abrités dans un bâtiments en «L» légèrement séparés de l’édifice principal.
(©Dom Smaz)

Bâtiment minergique, Plateforme 10 est également pensé pour être écologiquement durable. Et les bureaux n’échappent pas à cette réflexion. Utiliser les espaces le plus intelligemment possible contribue à ne pas laisser des lieux de vie ou de travail à l’abandon pendant la plupart de la journée. Mobiles, les collaborateurs pourront par exemple investir les espaces communs, d’habitude délaissés passé la pause de midi: «Tout est pensé pour être utilisé à 100%. C’est extrêmement stimulant car ça nous force à penser l’ensemble du projet de façon responsable», s’enthousiasme Sinje Kappes.

Pour le moment, les nouveaux espaces ne sont que conceptualisés, la seule certitude résidant dans la création d’un open space. Tout reste encore à être véritablement pensé et réalisé. Le Musée de l’Elysée, en collaboration avec le mudac (Musée de design et d’arts appliqués contemporains), a pour l’instant lancé un appel d’offre et doit encore rédiger un cahier des charges. Mais pouvoir imaginer ses locaux de A à Z est un défi que Sinje Kappes trouve particulièrement excitant: «C’est l’occasion de véritablement choisir la façon dont nous voulons travailler pour les années à venir. Nous avons la chance de pouvoir construire un environnement qui nous correspond, c’est donc important pour nous que tout soit cohérent, des matériaux utilisés aux codes couleurs en passant par le mobilier. Nos bureaux sont aussi un peu notre carte de visite.» Le Musée de l’Elysée quitte peut-être son emblématique parc et sa maison de maître, il semble néanmoins prêt à se réinventer une identité.

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