Portrait de Tatyana Franck, de la série Tutti a casa, tiré du livre Be my Quarantaine, 2020 © Marko Stevic

Tatyana Franck, directrice du Musée de l’Elysée, revient sur une année pas comme les autres.

Mars

Le Covid-19 est arrivé à nos portes, et nous devons fermer les nôtres à nos publics, comme malheureusement tant d’autres institutions et établissements, afin de contenir la propagation de ce virus particulièrement agressif et mortel. L’équipe est remarquablement réactive et soudée, et apprend à maîtriser les outils qui lui permettent de garder le contact et d’avancer grâce au télétravail. L’Etat et la Fondation soutiennent tous les collaborateurs du musée. Tout le personnel est rétribué pendant ce lockdown, y compris celui de l’accueil. Aucun d’eux n’est laissé pour compte ou dans l’incertitude. Je crois aux valeurs de responsabilité et de solidarité. Et quand faut-il les mettre en œuvre, si ce n’est maintenant?!?

Il y a chez nous quelques personnes à risque. Il faut absolument veiller à leur sécurité. Ainsi qu’à celle des œuvres accrochées dans les salles d’exposition désertées, et celle des collections, où la stabilité du climat doit être contrôlée chaque jour. La vie se réorganise, différemment. Mais elle continue, et c’est bien. Je pense à tous les gens et domaines qui sont mis à mal par cette pandémie, et particulièrement à la culture, qui fait tant pour cimenter les sociétés, les personnes, et qui nourrit l’esprit. Pourvu que les aides prévues soient suffisantes!

Avril

Le musée est toujours fermé. Mais l’équipage tient le cap, et même l’agenda du vaisseau malgré les courants contraires! La team du Musée de l’Elysée est formidable et ne cesse de se débattre afin de remplir ses missions. Elle a à cœur d’envoyer un message de soutien aux artistes qui ne sont plus exposés et représentés par les galeries, et leur dire que nous sommes tous à leurs côtés. Quitte, pour les équipes du comité de sélection interne au musée, à passer pendant les fêtes de Pâques – à tour de rôle et selon une chorégraphie temporelle minutieusement orchestrée – dans le bureau de sélection des dossiers pour le Prix Elysée. C’est qu’il faut composer dans les temps et, top chrono, huit appels téléphoniques attendus, rêvés… Car il faut permettre aux 247 autres candidats de ne pas rester dans l’expectative!

Mai

Nous déconfinons! Nous rouvrons les portes du musée, au grand soulagement de nos publics, déçus pour certains d’avoir manqué notre rendez-vous avec René Burri. Mais que de mesures sanitaires à appliquer! Pour rattraper le temps perdu, nous prolongeons l’exposition et décalons la suivante. Après tout, et comme beaucoup d’autres en ces temps troublés, nous sommes devenus maître en matière de reports de toutes sortes. L’équipe, éclatée après de longues semaines de télétravail, prend plaisir à retrouver ses habitudes et autres papotages autour du distributeur Felfel, qui la nourrit sainement, bio et local à l’heure du déjeuner. De plus, nous avons de la chance, ces bons petits plats sont concoctés par des chefs de talent. Les échanges vont bon train, et la joie d’avoir retrouvé ce qui était perdu est bien réelle.

Autre nouvelle: bravo Monique Jacot ! C’est annoncé, te voilà officiellement récipiendaire du prix Photographie 2020 dans le cadre des Prix suisses de design. Ton travail et ta carrière le méritent!

Juin

Nous venons de prendre connaissance de la composition de la Fondation de droit public à laquelle nous serons rattachés en 2021. Une jolie brochette de compétences nationales et internationales qui aura pour mission de nous accompagner dans les nôtres à partir de l’année prochaine.

Mais ici et maintenant, pari tenu: les noms des huit nominés du Prix Elysée sont dévoilés à la presse et aux publics en temps et en heure. Nous aurions souhaité organiser une belle fête autour de ces jeunes artistes mais, covidées, les voies du ciel et de la Terre bouchonnent à l’horizon… A l’inverse de celui de nos nominés, qui prennent un bel élan professionnel avec cette reconnaissance de leur travail.

Juillet

Nous venons d’ouvrir notre toute dernière exposition dans les murs de l’auguste édifice qui a hébergé le musée pendant 35 ans. Une page se tourne, vraiment. Beaucoup savent, dans les équipes du musée, que certains gestes, certaines actions, représentent «une dernière fois» avec reGeneration, projet dédié aux artistes en début de carrière. Bien joli clin d’œil vers l’avenir en attendant nos «premières fois», plus haut dans la ville…

Les premiers départs en congé estival de l’équipe se précisent. Nous avons pourtant encore tant de choses à faire avant la rentrée. Il faut se réunir vite avant les vacances pour la caler. Encore plus de rendez-vous empilés les uns sur les autres, jour après jour. Je dois tenir encore trois semaines, trois petites semaines avant mes vacances… Ahhhhhhhhh… dormir enfin! Ensuite… on verra bien!

Propos recueillis par Laurence Hanna-Daher

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