Photo de couverture © Yannick Luthy / Musée de l’Elysée

Une institution peut-elle être écoresponsable? C’est le défi que s’est lancé le Musée de l’Elysée à l’occasion de la quatrième édition de reGeneration. Première exposition éco-réfléchie, l’accrochage s’est voulu un laboratoire pour repenser les pratiques muséales de demain. A l’occasion de cette dernière exposition dans la maison de l’Elysée avant le grand déménagement vers le site de PLATEFORME 10, le thème de l’écologie s’est affranchi des cimaises pour s’intégrer dans la conception du projet. L’objectif: parfaire le fonctionnement du musée pour désormais produire des expositions conçues de manière écologique.

Passer au crible les actions d’un musée ne se fait pas sans concertations. «Nous avons fait appel à une spécialiste des pratiques écoresponsables de l’art et avons invité nos collègues, nos partenaires ainsi que les artistes à se joindre à la réflexion», explique Pauline Martin, cocommissaire de reGeneration4. Une liste d’actions concrètes, répertoriées dans le document Nos gestes écoresponsables, découle de ces échanges.

Des pratiques muséales réinventées

Limitation des trajets, recyclage des encadrements, récupération de matériel scénographique, ou encore réduction du format des photographies… «Nous nous sommes vite rendu compte que de petits gestes pouvaient fortement diminuer notre consommation», se réjouit Lydia Dorner, seconde cocommissaire du projet, avant d’ajouter: «Par exemple, qui aurait cru qu’une police d’écriture avec moins d’empattement économiserait autant d’encre!»

L’avion n’échappe pas aux remises en question, et ce de manière inédite: «Pour le vernissage de reGeneration4, nous avions décidé de ne pas cautionner le voyage aérien des artistes», partage Pauline Martin. Si l’événement est finalement passé à la trappe, en raison du covid, il se pourrait que de telles pratiques se généralisent à l’avenir. «C’est avant tout une question d’équilibre. Evidemment, le vernissage d’une monographie n’aura pas la même empreinte carbone que celle d’une exposition collective comme avec plus de 35 artistes», nuance Lydia Dorner.

Déménager vers la durabilité

Si des courants d’air s’infiltraient dans la maison de maître du XVIIIe siècle qu’occupera encore l’Elysée jusqu’à la fin du déménagement, l’isolation du bâtiment dernier cri de PLATEFORME 10 sera synonyme d’économies d’énergie. «Le climat sera contrôlé au degré près», précise Yannick Luthy, muséographe adjoint, qui a repris le flambeau de l’écoconception. «Couplée à un éclairage LED, notre gestion énergétique sera nettement améliorée.»

Situé à deux pas de la gare de Lausanne et d’une piste cyclable, la mobilité douce sera également au rendez-vous. «Le déplacement des visiteurs est généralement ce qui pèse le plus dans le bilan carbone d’une exposition, affirme Pauline Martin. Grâce à cette proximité avec la gare, et à l’absence d’un parking, l’usage des transports publics sera encouragé.» Si l’empreinte carbone du Musée de l’Elysée n’a pas encore été calculée, Yannick Luthy estime qu’«un défi à venir sera l’élaboration d’un outil permettant de prévoir le coût écologique de chaque exposition, en plus d’un bilan carbone général.»

Mais toute transition trébuche par moments. L’origine des pigments présents dans les encres écologiques, par exemple, demeure opaque. «Pour reGeneration4, nous avons pensé utiliser des encres périmées. Mais cela aura nécessité un nettoyage des buses entre chaque utilisation et un recalibrage fréquent du papier, ce qui est trop coûteux…», éclaire Yannick Luthy. Malgré les embuches, l’équipe garde espoir. «reGeneration4 est un premier pas et nous avons encore du chemin à faire. A terme, on souhaiterait transformer la liste de gestes écoresponsables en charte écologique», se réjouit-il.

Mutualiser l’écoresponsabilité

Si l’empreinte écologique du secteur culturel est encore peu étudiée en Suisse, le Musée de l’Elysée peut faire office de terrain d’expérimentation. «Plus les acteurs culturels s’impliqueront, plus des gestes qui paraissent aujourd’hui impensables – comme remettre en question l’invitation systématique des artistes au vernissage ou discuter avec eux de formats plus écologiques pour leurs œuvres – seront normalisés», espère Pauline Martin. Mais qu’en est-il des institutions plus modestes qui ne peuvent financer ces alternatives durables? «Il faut fonctionner en réseau, répond Yannick Luthy. Les musées détiennent souvent du matériel inutilisé qu’ils peuvent prêter. Cela vaut la peine de passer quelques coups de fil. Le milieu muséal est si spécifique qu’on est obligé de fonctionner ensemble.»

Pour Lydia Dorner, l’écologie touche aussi à l’humain: «Penser en termes écologiques nous pousse à surpasser l’individualité. Pour trouver une solution, chacun doit y mettre du sien.» Afin de symboliser ce premier pas dans sa démarche écoresponsable, le musée plantera un arbre dans ses jardins. Un signe, peut-être, que lorsque la culture se tourne vers la nature, les valeurs humaines s’enracinent.

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