Visite publique du chantier du Musée de l’Elysée et du mudac, juin 2021 ©Jean-Bernard Sieber

Le samedi 19 juin, un public curieux se pressait pour découvrir le bâtiment qui abritera, en juin 2022, le Musée de l’Elysée et le mudac – Musée de design et d’arts appliqués contemporains. Parmi la trentaine de personnes présentes pour la visite de 13 heures 30, tous les âges sont représentés. Sous un soleil de plomb, le petit groupe se dirige vers le bâtiment imaginé par les frères Manuel et Francisco Aires Mateus. Les architectes portugais, aidés par l’ingénieur Rui Furtado, ont créé, au cœur de Lausanne, un fabuleux cube de 42 mètres sur 42 qui parait léviter et laisse d’abord sans voix.

L’intérieur d’un diamant

Si la beauté de l’ensemble saisit les visiteurs, c’est d’abord les questions techniques qui viennent aux lèvres : « C’est solide, on peut entrer ? » demande une femme un peu inquiète. Notre guide, le mandataire Bernard Leuba, explique que l’immense cube de béton repose sur trois points d’appui seulement. Chaque façade a été coulée en une seule journée, sans interruption, pour obtenir cette régularité dans la teinte naturelle, douce et claire, du béton. 

Le moment est venu de pénétrer par la vaste faille que les architectes ont découpée dans la façade. Chantal Prod’Hom, directrice du mudac, fait partie des visiteurs et glisse: « On dirait l’intérieur d’un diamant!» Nous sommes dans la fraicheur du hall central, qui accueillera notamment l’aire «boutiques» et la cafétéria. Le plafond évoque la voûte géométrique d’une grotte futuriste, ou la carapace d’un gigantesque animal préhistorique. Un visiteur, Philippe Bergeon, venu de Lucens, est conquis: «Sur le plan, ça avait l’air petit, mais sur place, c’est immense!»

Nid d’abeille et monte-charge

Le groupe descend dans le socle de la construction, jusqu’à l’espace du futur Musée de l’Elysée et les quelques 1400 mètres carrés dédiés aux expositions temporaires, à l’espace des collections, au Studio, à l’Atelier familles et au LabElysée. Le vide sous plafond est de près de sept mètres. La lumière du jour, venue du patio, est subtilement maîtrisée en vue de la protection des œuvres.

Les questions des visiteurs sont précises et techniques: coffrage, climatisation, humidité, tout les intéresse. «Il n’y aura pas de climatisation, c’est interdit dans un musée», explique Bernard Leuba, qui poursuit: «On rafraîchira l’air avec de l’eau.» «L’eau du lac?», demande une visiteuse émerveillée. « Non», précise le guide, avant d’expliquer comment les 100’000 mètres cubes d’air des espaces intérieurs seront renouvelés chaque heure.

Portes ouvertes sur le chantier du Musée de l’Elysée et du mudac, samedi 19 juin 2021 ARC Jean-Bernard Sieber

Le groupe passe près de la future bibliothèque publique consacrée aux fonds photographie et design. Puis c’est la montée vers le mudac, au-dessus de la fameuse dalle à facettes qui recouvre le hall d’entrée. Le public est particulièrement intéressé par la traversée de cette dalle creuse, dont «l’âme» a été soigneusement étudiée pour répartir les charges et sceller le béton et l’acier. Le guide la compare à une structure en nid d’abeille.

Le bâtiment a été conçu pour offrir la plus grande circulation possible au public, grâce notamment au patio et au toit qui seront agrémentés de jardins. Les architectes sont parvenus à troubler le visiteur, à lui faire perdre ses repères, sans lui donner pour autant le sentiment de se perdre. Ils ont réussi à faire de l’abstraction quasi mathématique de ce bâtiment complexe un espace humain et accueillant, sensuel et organique. Même le guide, qui se dit pourtant «sans états d’âme», ne peut s’empêcher d’admirer, ému, la perspective qu’offre un escalier et sa manière de «sculpter la lumière». Un couple, lui, semble fasciné par le monte-charge destiné aux œuvres d’art: «Ce serait bien d’en avoir un comme ça chez nous, pour les déménagements!»

Ne pas oublier les ouvriers

Nous voici à l’étage du futur mudac, un plateau de 1500 mètres carrés ouvert, sous verrière. La lumière du jour, lorsqu’elle déclinera, sera discrètement compensée par la lumière artificielle. «On pourra créer de nouvelles configurations, de nouvelles déambulations pour chaque exposition, se réjouit Chantal Prod’Hom. Aucun musée du design en Suisse ne peut travailler sur un tel espace. «Il ne faut pas oublier que tout cela a été rendu possible grâce aux ouvriers, conclut Bernard Leuba, à l’issue du parcours. La qualité, finalement, ce n’est pas les machines qui l’assurent, ce sont les hommes.»

Visite de chantier du Musée de l’Elysée et du mudac, jeudi 17 juin 2021 ARC Jean-Bernard Sieber

A la sortie, on tombe nez à nez avec le directeur de PLATEFORME 10, Patrick Gyger. Que pense-t-il de la création des frères Manuel et Francisco Aires Mateus? «On dirait un origami, que chaque visiteur est invité à déplier. Il offre des espaces interstitiels très intéressants, comme le patio et son jardin par exemple. C’est un objet inversé, dynamique, il n’a rien d’un corps caverneux ! De l’intérieur, on arrive à le lire facilement, on ne se sent pas perdu.»

De son côté, la directrice du musée de l’Elysée, Tatyana Franck, se réjouit de l’affluence des visiteurs et de leur curiosité pour le chantier: «Quand je regarde ce cube en béton blanc, cette abstraction sans repère d’échelle en train de se construire, je pense à tous les sommets qu’il a fallu gravir avec les équipes du musée et cela me donne envie de me diriger vers ce refuge et de l’explorer.»

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