Dans le prolongement du MCBA, le bâtiment du mudac et de Photo Elysée est un cube de 42 mètres sur 42 ©Jean-Christophe Bott/Keystone

L’architecture est un art complet qui trouve sa finalité dans la vie. Pas de maison sans ses habitants, pas d’église sans ses croyants, résume Manuel Aires Mateus, l’architecte portugais qui a conçu le nouveau bâtiment qui, sur le site de Plateforme 10, abritera à partir de juin prochain le mudac (Musée cantonal de design et d’arts appliqués contemporains) et Photo Elysée, l’ex-Musée de l’Elysée. Jeudi matin à Lausanne, dans ce nouveau quartier des arts au sein duquel le Musée cantonal des beaux-arts (MCBA) se sentira bientôt moins seul, le Lisboète s’est réjoui que son imposante réalisation, dont les clés ont été officiellement remises par les autorités cantonales à ses futurs utilisateurs, soit au seuil d’une grande aventure, celle de son appropriation par les visiteurs et visiteuses.

Avant son inauguration officielle dans sept mois, et l’ouverture de ses premières expositions, le cube majestueux de Photo Elysée et du mudac est accessible ce week-end au public pour deux journées portes ouvertes permettant une première approche d’un lieu qui tranche de manière radicale avec les maisons historiques du XVIIIe et du XVIIe siècle qu’occupaient jusque-là les deux institutions. Enfin, celles-ci bénéficieront d’un outil à la pointe, d’un écrin à la hauteur de leurs collections respectives – des fonds photographiques d’importance internationale pour l’Elysée, le plus grand ensemble européen d’art verrier contemporain pour le mudac.

©Matthieu Gafsou

«Un musée, deux musées»: le concept au cœur du projet du bureau Aires Mateus e Associados, et auquel aucun autre participant du concours d’architecture qui s’est achevé en octobre 2015 n’avait pensé, est simple et efficace. Réunir deux institutions complémentaires dans un même lieu, plutôt que de construire deux bâtiments qui auraient peut-être étouffé l’ensemble de Plateforme 10, semble aujourd’hui d’une évidence totale. Dès qu’on pénètre sur le site, avant même de longer l’imposant monolithe rectangulaire qui abrite le MCBA, l’œil est attiré par ce cube qui semble comme fendu en deux. «Il s’agissait de s’inscrire à la fois dans l’échelle du site et de la ville», résume Manuel Aires Mateus, évoquant l’idée d’un édifice dont l’entrée ne se ferait pas par une porte, mais par une faille. Le Portugais cite comme source d’inspiration le tableau de René Magritte Le Château des Pyrénées (1961), sur lequel on voit un rocher flotter au-dessus de la mer. Malgré ses dimensions, 42 mètres sur 42 mètres, le cube dégage une impression de légèreté.

Cette faille oblique, comme si le cube était une boîte que l’on pouvait ouvrir en soulevant son couvercle, sera plutôt sombre durant la journée, tandis qu’elle sera nuitamment illuminée. Le rez-de-chaussée, outre la billetterie, accueillera un café et une librairie commune. Une «sensation spatiale particulière» provient pour l’architecte d’une grande transparence et d’une ouverture, sur tous les côtés, vers l’extérieur. L’espace est vaste et généreux, d’autant plus que seuls trois points d’ancrage soutiennent la dalle supérieure. Pour descendre ou monter vers les espaces d’exposition, on emprunte des escaliers imposants, conçus comme des sculptures.

«Déballage», une installation de Christian Marclay à voir les 6 et 7 novembre à Photo Elysée @Jean-Christophe Bott/Keystone

A l’étage inférieur, ou rez-de-cour, Photo Elysée, parce que les tirages photographiques n’aiment pas la lumière naturelle et préfèrent une ambiance feutrée. La directrice Tatyana Franck bénéficiera désormais, comme sa consœur du mudac Chantal Prod’Hom, d’une surface d’exposition d’un peu plus de 1500 m². Pour la première fois de son histoire, l’Elysée pourra ainsi montrer, et en libre accès, ses collections. Quelque 800 m² pourront alors être dévolus à une grande ou deux plus petites expositions temporaires. Et tandis que le Lab Elysée permettra de montrer des projets innovants, six stations de médiation culturelle proposeront des activités didactiques et ludiques permettant d’appréhender dans sa globalité le médium photographique.

A l’étage supérieur, le mudac, parce que le toit laisse entrer la lumière extérieure de manière homogène et douce, et que cela permet la mise en valeur des objets de design. Tandis que Tatyana Franck parle de générosité, Chantal Prod’Hom salue la liberté et la fluidité qu’offrent les vastes plateaux d’exposition. Mais si on est là dans le visible, il ne faut pas oublier l’invisible, insiste de son côté l’architecte cantonal Emmanuel Ventura en soulignant que les visiteurs ne verront que 4500 m² sur les 14 400 de l’ensemble du bâtiment. Et de citer ces contraintes de l’invisible que sont la température, l’hygrométrie et la lumière. Il faudra par exemple attendre une année, à partir de juin, avant que les collections de Photo Elysée puissent être transférées dans les réserves de Plateforme 10, situées au deuxième sous-sol. Le temps de réguler les trois climats nécessaires à une conservation optimale des différentes sortes de tirages.

L’installation de l’artiste Christian Marclay pour l’étage du mudac @Jean-Christophe Bott/Keystone

Si pour l’heure les murs sont encore vierges et les cimaises inexistantes, les journées portes ouvertes ne seront néanmoins pas uniquement l’occasion de découvrir un bâtiment vide. Les espaces seront «habillés» par l’artiste américano-suisse Christian Marclay, qui a puisé dans les fonds de l’Elysée et les photos d’objets du mudac pour proposer des projections qui, sur un mode aléatoire, permettront une immersion dans les collections qui seront bientôt mises en valeur dans ce cube fissuré d’une folle élégance, qui aura coûté 102 millions de francs, dont 40 en provenance de mécènes et sponsors.


Week-end découverte du bâtiment Photo Elysée & mudac, Plateforme 10, Lausanne, samedi 6 novembre de 10h à 1h et dimanche 7 de 10h à 22h. Entrée libre au MCBA durant le week-end.

1 commentaire

  1. un cube lisse, gris et triste. Un plot en béton. Qui viole et déchire le tissu urbain pre-existant.
    Le degré zéro de l’architecture. Lamentable.

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